Témoignages

OBTENIR DES FINANCEMENTS, OUI MAIS EN SE PROFESSIONNALISANT

Entretien avec Cécile, professionnelle de solidarité internationale, coordinatrice du pôle stratégie et organisation de Chemins d’Enfances.

Cecile

Vous avez une bonne expérience des questions financières des associations des pays en voie de développement, quelles sont vos constatations ?

Il est tout d’abord très difficile pour ces associations de trouver des fonds et donc d’avoir suffisamment de visibilité pour leurs projets.

Les bailleurs publics, tels que la Commission européenne ou les ministères, posent des conditions de plus en plus restrictives à l’obtention de subventions: cofinancement des activités, expérience dans des projets similaires, refus de financer les frais de support..., or, sans ceux-ci, les programmes ne peuvent pas fonctionner.

Quant aux autres bailleurs occidentaux, ils sont souvent réticents à envoyer des fonds à une association locale qu’ils ne connaissent pas. Ils passent donc le plus souvent par des associations de leur pays, qui font un peu office de caution. Cela place les associations locales en totale dépendance.

Enfin, lorsqu’elles obtiennent des fonds, c’est souvent sous forme de subventions qui sont affectées à un programme déterminé. Or pour fonctionner, elles ont aussi besoin de couvrir leurs frais de structure, de recherche, de communication ou d’évaluation. Certains dons privés les aident sur ce plan mais ces associations n’y ont que rarement accès.

Les bailleurs publics ne commencent-ils pas à ouvrir leurs financements aux associations locales ?

Si, mais les conditions posées sont souvent les mêmes que pour les ONGs internationales. Elles doivent remettre des demandes très détaillées (au moins une dizaine de pages) et des rapports d’avancement fréquents, alors qu’elles ne disposent pas du personnel qualifié nécessaire : mauvaise maîtrise de l’anglais écrit, logique de rapport européenne non adaptée à la culture locale, ou encore difficultés dans la planification budgétaire. Enfin, bien souvent, elles ne savent pas à qui s’adresser ou n’osent pas, n’étant pas assez sûres de leur anglais, de leur projet, de leurs capacités, etc.

Quelles principales recommandations donnez-vous aux associations locales pour qu’elles se renforcent financièrement?

Nous leur recommandons d’appliquer à leurs finances des concepts empruntés au monde de l’entreprise : planification budgétaire, suivi budgétaire, transparence ou encore rationalisation des coûts. Il faut qu’elles apparaissent comme fiables, qu’elles soient capables de présenter des reporting structurés. Elles doivent comprendre que pour les pourvoyeurs de fonds, il est fondamental et parfaitement normal d’avoir une vision claire de ce à quoi est utilisé l’argent qu’ils donnent, sachant qu’eux-mêmes ont souvent aussi des comptes à rendre à leurs propres donateurs.

La bonne gestion d’un premier budget conditionne souvent le renouvellement ou non d’une subvention. Il faut donc que ces associations se professionnalisent dans la gestion de leurs ressources et qu’elles fassent du poste d’administrateur ou responsable financier un poste clé dans leur organisation.

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