Témoignages

IMPORTANCE POUR UNE ASSOCIATION DE DEVELOPPER UNE ACTIVITE GENERATRICE DE REVENUS

Entretien avec Dev, entrepreneur social indien créateur de Karm Marg

Dev

Vous avez créé et développé une entreprise sociale qui s’occupe d’enfants des rues dans les environs de Delhi. Comment avez-vous fait financièrement ?

Vous savez, je n’ai pas eu le choix. Quand je suis arrivé à Delhi, j’ai été frappé par le nombre d’enfants vivant seuls autour de la gare. J’ai voulu vivre avec eux pour comprendre comment des jeunes peuvent arriver à un tel degré de solitude et de peur.

J’y ai découvert que garçons et filles courent d’immenses dangers, et ne savent pas ce qui va se passer pour eux à la minute suivante. Ils doivent toujours donner l’impression aux autres qu’ils sont forts alors qu’au fond d’eux-mêmes, ils ont une peur incommensurable.

Petit à petit la confiance s’est instaurée entre nous et la première chose à faire était de leur offrir un lieu de vie sans peur. Alors nous avons quémandé à droite et à gauche pour trouver un local, puis quelques centaines de roupies, juste pour les nourrir au début. C’était tellement difficile et pénible que nous nous sommes dit que la seule solution était de développer nos propres sources de revenus.

Y êtes vous arrivé ?

Oui en grande partie. Nous avons commencé par collecter de vieux journaux, du papier, des plastiques et avons fabriqué des pochettes pour les vendre localement. Aujourd’hui nous arrivons à fabriquer sacs, accessoires, mobilier, décorations, entièrement à partir de matériaux recyclés et avec des procédés respectueux de l’environnement. Ainsi les produits vendus sont de qualité et peuvent être exportés à l’international.

Cela couvre 60% de nos besoins, les 40% restants provenant de dons privés. Nous n’avons, par choix, aucune aide des pouvoirs publics.

Pensez vous qu’il soit important pour une association d’avoir une activité lui permettant de générer ses propres revenus?

C’est fondamental et toutes les associations devraient s’y efforcer. D’abord c’est le meilleur moyen d’assurer sa pérennité. Mais cela a aussi une grande valeur d’exemple. Comment voulez vous expliquer à des jeunes qu’ils devront travailler pour gagner leur vie si vous-même vous êtes en situation de dépendance vis-à-vis des subventions ?

Dans la rue, pour se nourrir, la plupart d’entre eux devaient mendier ou chaparder. Lorsqu’ils comprennent que l’argent peut être gagné en s’appuyant sur leur travail et leur créativité, cela leur donne beaucoup d’espoir et d’envie d’aller de l’avant. De plus, produire fait partie du processus de formation.

On leur apprend le travail à plusieurs, ce qui leur permet de réapprendre la confiance. Les tâches sont réparties entre différents groupes de travail : l’un prend la commande, dirige le groupe et distribue le travail ; le second s’occupe du matériel ; le troisième contrôle la qualité. Ce sont les jeunes qui effectuent le contrôle qualité et ils savent que tant que la qualité n’est pas suffisamment bonne, ils doivent rejeter le produit.

Sur le plan économique, ils savent qu’ils doivent récupérer autant de papier que possible, sinon ils sont obligés d'acheter des journaux. Ils découvrent que les coûts s’ajoutent, celui du matériel, de l’électricité, du loyer, de l’eau, etc. Ils apprennent tout le processus de l’évaluation des coûts et du calcul du bénéfice. On les implique dans chaque phase de la production.

Dans certaines situations, on ne peut pas lancer une activité génératrice de revenus avec les bénéficiaires, par exemple s’il s’agit de jeunes enfants. Quelle solution peut-on alors trouver?

Bien sûr, mais il faut alors s’appuyer sur les communautés. Elles se mobiliseront d’autant plus que les enfants sont petits. On peut par exemple aider les femmes à faire de l’artisanat, qu’elles pourront vendre au profit de l’association qui prend soin des enfants de la communauté. Mais cela peut aussi être de la pâtisserie ou des vêtements.

En fait il n’y a pas de règle car tout dépend des ressources propres de chaque groupe. Il faut en premier lieu travailler avec la communauté, l’aider à dégager ses points forts, voir ensuite comment cela peut se croiser avec les besoins locaux. C’est un processus lent, qui demande beaucoup de patience mais je vous assure, les résultats sont surprenants !

Retour aux témoignages

Nous contacter

Vous souhaitez plus d’information, vous pouvez nous contacter à tout moment !

Sites utiles

Le blog de l’association indonésienne ADISTA Voir

Le site de l’association indienne NANBAN Voir